Odile Paviet Salomon, Présidente d’OPS Conseil
Pouvez-vous nous présenter votre parcours et OPS Conseil ?
Je suis diplômée en sociologie, titulaire d’un DESS d’ingénierie de formation et docteure en sciences de l’éducation. Ma thèse portait déjà sur la qualité en formation, un sujet qui ne m’a jamais quittée. J’ai également complété mon parcours par une formation en ergonomie, notamment en psychodynamique du travail, ainsi qu’en gérontologie, ce qui m’a permis d’approfondir ma connaissance du secteur de l’aide à domicile. J’ai créé OPS Conseil en 2010, dans la continuité d’une première structure associative fondée en 1996. Notre cœur de métier est l’intervention dans les structures sociales et médico-sociales, aussi bien auprès des équipes de terrain que des directions et des encadrants. Nous intervenons à la fois sur la formation, l’audit et l’accompagnement des organisations. Aujourd’hui, nous proposons deux formations certifiantes inscrites auprès de France Compétences : l’une au RNCP sur l’accompagnement en insertion socio-professionnelle, l’autre au Répertoire spécifique sur la méthodologie de contrôle et d’audit dans les ESSMS.
Vous proposez déjà une formation autour de l’audit et du contrôle. Quelle complémentarité avec la certification des évaluateurs ESSMS ?
Les deux démarches sont complémentaires mais différentes. L’audit et le contrôle s’inscrivent dans une logique de temps long. Ils permettent d’analyser l’organisation globale d’un établissement, d’identifier ses points forts et ses axes d’amélioration, et de travailler sur une dynamique d’amélioration continue. L’évaluation HAS, elle, est plus ciblée. Elle observe le fonctionnement d’un établissement à un instant donné, au regard d’un référentiel précis. Elle offre une photographie structurée et objectivée. Pour moi, les établissements ont besoin des deux : une démarche continue d’amélioration, et un regard externe structuré. Le partenariat avec Incitu permet justement d’articuler ces dimensions.
Pourquoi ce partenariat avec Incitu vous a-t-il paru pertinent ?
Parce qu’il complète pleinement notre offre. Nous savons accompagner les établissements dans la durée, sur les questions d’organisation et de qualité. La certification des évaluateurs vient structurer la dimension spécifique liée au référentiel HAS et à la posture de l’évaluateur. Cela nous permet d’avoir une vision globale : le temps long de l’amélioration continue et le temps plus ponctuel de l’évaluation réglementaire.
Quels sont vos partis pris dans la formation associée à la certification ?
Il y a deux axes majeurs. Le premier est très concret : former des professionnels capables d’agir, de maîtriser les attendus du référentiel et de conduire une évaluation de manière rigoureuse. Le second est fondamental : la posture. Nous sommes très vigilants à ce que les évaluateurs adoptent une posture adaptée, qui ne mette ni les professionnels ni les usagers en difficulté. L’évaluation ne doit pas être une chasse aux coupables. Elle doit analyser des processus, comprendre ce qui produit les situations observées. Nous défendons une approche systémique : si une difficulté apparaît, la question n’est pas “qui a fauté ?” mais “qu’est-ce qui, dans l’organisation, a permis que cela arrive ?”. C’est un point essentiel pour garantir une démarche constructive.
Voyez-vous émerger un véritable métier d’évaluateur dans le secteur médico-social ?
Oui, clairement. Au démarrage des évaluations externes, le cadre était très hétérogène et les pratiques parfois anarchiques. Aujourd’hui, le référentiel HAS apporte un cadre beaucoup plus structurant. Le métier d’évaluateur exige désormais une triple compétence : une compréhension fine du référentiel, une capacité rigoureuse de recueil et d’analyse des données, et une restitution pédagogique. Cette dernière dimension est essentielle : il ne s’agit pas d’arriver comme “détenteur de la vérité”, mais d’aider l’établissement à s’approprier la démarche qualité. Quand l’évaluation est perçue uniquement comme une obligation réglementaire, elle reste superficielle. Quand elle est comprise comme un outil d’amélioration, elle devient utile.
Que faut-il réussir collectivement pour que l’évaluation devienne un véritable levier d’amélioration ?
Le principal enjeu est culturel. La qualité ne peut pas être portée uniquement par un directeur ou un responsable qualité. C’est une démarche collective. Il faut que chacun comprenne que la traçabilité, la remontée d’informations et l’analyse des pratiques ne sont pas des contraintes supplémentaires mais des outils au service des équipes et des usagers. Tant que la qualité sera perçue comme descendante et contraignante, elle restera fragile. Lorsqu’elle sera intégrée à tous les niveaux de l’organisation, elle deviendra un véritable levier de transformation. Et c’est à cette condition que l’évaluation pourra pleinement jouer son rôle.